La rentrée judiciaire des barreaux au Burundi : un moment de communion, d’introspection, d’auto-évaluation et de projection
Depuis quelque temps, les barreaux des avocats de Bujumbura et de Gitega célèbrent conjointement, chaque année, l’ouverture de l’année judiciaire, dans un esprit de convivialité et de communion professionnelle. Pour l’année judiciaire 2026-2027, la cérémonie s’est tenue ce vendredi 25 septembre 2026 au Donatus Conference Center, à Bujumbura.
Dans une atmosphère empreinte de joie, d’enthousiasme et de confraternité, les avocats des deux barreaux ont répondu massivement à ce rendez-vous annuel, devenu un moment privilégié de réflexion sur leur profession, ses acquis, ses défis et ses perspectives.
Dans son discours d’ouverture, Me Patrick-Didier NUKURI, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Bujumbura et hôte de la cérémonie cette année, a souligné que cette rentrée judiciaire ne devait pas être considérée comme une simple formalité.
Selon lui, elle constitue plutôt « un haut lieu de communion, d’introspection, d’auto-évaluation et de projection vers l’avenir » pour la profession d’avocat et, plus largement, pour le Burundi.
« Seuls les dignes osent se regarder »
Revenant sur l’année judiciaire 2025-2026, le Bâtonnier de Bujumbura s’est dit satisfait des réalisations enregistrées par son ordre. Placée sous le thème « Un avocat burundais au chantier de la consolidation d’un État de droit et d’une justice crédible », l’année écoulée a été marquée par plusieurs initiatives en faveur des justiciables et du renforcement de l’accès à la justice.
Parmi les réalisations citées figure le renforcement de la permanence juridique mise en place au siège du Barreau de Bujumbura. En une seule année, plus de 400 justiciables vulnérables ont pu bénéficier de ce service.
Dans le même objectif de contribuer à la consolidation de l’État de droit et d’une justice crédible, 652 personnes démunies ont également bénéficié des services de la clinique juridique de Bujumbura, qui fonctionne avec l’appui de CORDAID et de l’Union européenne.
Des relations renforcées avec les partenaires
Le Barreau de Bujumbura semble également avoir fait de la collaboration avec ses partenaires un levier important de son action. Comme le rappelle l’adage, « une bonne relation est un pont qui mène au succès ».
Avec l’appui de plusieurs partenaires, notamment la Cour suprême, les ministères intervenant dans le domaine de la justice, l’UNIDA, le PNUD, CORDAID, l’Union européenne, l’UNICEF, ONU Femmes, l’AFJB et l’AFJO, plusieurs activités ont ainsi été menées au cours de l’année écoulée.
Dans le cadre d’un projet en partenariat avec le HCR, 70 familles de rapatriés et 1 077 justiciables ont bénéficié des services des avocats du Barreau de Bujumbura. Par ailleurs, 353 femmes justiciables ont reçu un accompagnement et une assistance judiciaire appropriés.
Les avocats ont également participé à différents forums, aussi bien au niveau national que régional, aux côtés d’autres professionnels du droit. Ces rencontres ont notamment constitué des espaces d’échanges sur les enjeux liés à la justice et à l’État de droit.
Un plan d’action ambitieux pour l’avenir
Pour l’année judiciaire 2026-2027, le Barreau de Bujumbura entend poursuivre ses efforts autour du thème : « L’Avocat, acteur clé pour une justice de qualité ».
À travers ce nouveau thème, le Barreau entend contribuer à relever les défis qui affectent l’image de la justice au Burundi et à renforcer la confiance des justiciables.
Une attention particulière sera accordée à la discipline des avocats, notamment sur les plans déontologique, moral et éthique. Cette démarche devrait notamment passer par le renforcement de la formation continue, conformément aux exigences réglementaires en la matière.
Pour concrétiser cette volonté, le Conseil de l’Ordre a déjà décidé que chaque avocat devra désormais disposer d’un manuel de discipline et de déontologie, a annoncé le Bâtonnier Patrick-Didier NUKURI.
« Ce manuel, en phase de finition, a été élaboré grâce à la collaboration avec l’un des partenaires du Barreau », a-t-il précisé.
« Une seule main ne ramasse pas la farine »
La volonté de contribuer à l’amélioration de l’image de la justice et de redonner confiance aux justiciables ne saurait toutefois reposer sur les seuls avocats. La collaboration entre les différents acteurs de la chaîne judiciaire apparaît, à cet égard, comme un élément essentiel.
Dans son allocution, le président de la Cour suprême, Gamaliel NKURUNZIZA, a insisté sur la complémentarité entre le juge et l’avocat.
« Le juge sans l’Avocat est un juge aveugle, et l’Avocat sans juge est une voix sans écho », a-t-il déclaré.
Poursuivant dans cette logique, il a ajouté : « Une seule aile ne pourrait faire voler l’oiseau. Il faut donc les deux ailes pour que l’oiseau de la justice de qualité prenne son envol. »
Le président de la plus haute juridiction du système judiciaire burundais a également insisté sur le rôle de l’avocat dans la recherche d’une justice de qualité.
« Oui, l’Avocat est un acteur clé pour une justice de qualité. La justice de qualité n’est pas une justice qui juge vite, elle est plutôt une justice qui juge juste. Et pour juger juste, le juge doit entendre les deux parties au procès », a-t-il expliqué.
Avant d’ajouter : « Vous êtes donc la clé qui ouvre la porte de l’égalité devant la loi. Voilà pourquoi vous êtes acteur clé. Vous n’êtes pas à côté de la justice, mais vous êtes au cœur de la justice. Vous êtes avec la Cour, pour que la justice soit vraiment de qualité. »
Entre bilan et espoir
Les participants à la cérémonie ont, pour leur part, salué la pertinence du thème retenu pour cette nouvelle année judiciaire. Plusieurs d’entre eux ont exprimé leur satisfaction à l’issue de la rencontre, tout en formulant l’espoir de voir les efforts engagés produire davantage de résultats au cours de l’année 2026-2027.
Au-delà de son caractère solennel, cette rentrée judiciaire aura ainsi servi de cadre pour dresser le bilan de l’année écoulée, identifier les défis persistants et définir de nouvelles perspectives pour la profession d’avocat.
Il convient de rappeler que la profession d’avocat au Burundi est âgée de 76 ans, le Barreau d’Avocats de Bujumbura ayant été créé en janvier 1950. Depuis lors, la place de l’avocat dans la société burundaise et dans le fonctionnement de la justice n’a cessé de revêtir une importance particulière.